Mardi 3 février, l’IEJ Rouen a accueilli Jean-Marie Charon et Béatrice Picard pour présenter le dossier « Médias en Normandie – Histoire et mutations », publié dans le numéro 36 de la revue Études Normandes. Cette rencontre, organisée pour une dizaine d’adhérents du Club et une vingtaine d’étudiants en journalisme, a permis d’explorer plus de deux siècles d’histoire médiatique régionale à travers trois regards complémentaires.

L’historien Claude Cornu a ouvert la soirée en remontant aux origines de la presse normande. Dès 1762, Rouen voyait naître les « Annonces et avis divers de la Haute et de la Basse Normandie », premier journal imprimé de la région. Il devient quotidien en 1790, prend le nom de Journal de Rouen en 1791 et dominera le paysage jusqu’à sa condamnation pour collaboration en 1944. L’âge d’or de la presse survient sous la Troisième République : la loi de 1881 libère la presse et provoque une explosion de titres politisés. En 1914, les cinq départements normands comptent 250 journaux, chaque commune ou canton ayant son journal de gauche et son pendant de droite. Pour exemple, parmi tant d’autres, L’Abeille de Dieppe à droite et La Vigie de Dieppe à gauche.
Arnaud Brennetot a ensuite dressé un état des lieux contemporain plus contrasté. A commencé par Paris Normandie, qui a hérité des presses du Journal de Rouen en 1944, est passé de 80 000 exemplaires dans les années 1990 à moins de 30 000 aujourd’hui, changeant quatre fois de propriétaire ces quinze dernières années. Autre quotidien régional, Ouest France, à l’inverse résiste mieux grâce à son ancrage territorial. Au-delà des deux grands quotidiens de la région, la Normandie se distingue surtout par la plus forte pénétration de presse hebdomadaire régionale de France, signe d’une adaptation réussie des titres de presse face à un modèle quotidien plus coûteux et exigeant. Cette capacité d’adaptation se retrouve également dans le numérique, où Actu.fr, né en Normandie avec 76actu, s’est imposé en vingt ans comme référence de l’actualité locale dans toute la France.
Éric Delamotte a poursuivi sur l’éducation aux médias et à l’information (EMI), rappelant qu’avant 1981, la presse était interdite dans les établissements scolaires. Puis des choix forts ont été faits, la France étant un des rares pays en Europe à avoir institutionnalisé l’EMI dan ses programmes et à proposer une progression pédagogique aux jeunes scolarisés. Il faut aussi dire, qu’aujourd’hui, ces derniers ne sont plus considérés comme de simples « éponges » à protéger, mais comme des acteurs capables de naviguer et produire dans un écosystème informationnel complexe, maîtrisant formats et éditorialisation.

Ces trois interventions coordonnées par Jean-Marie Charon, sociologue des médias, ont suscité quelques questions de la part du public, notamment sur la revue en elle-même. Questions auxquelles a pu répondre Gérard Granier, président. Puis tous se sont retrouvés autour du verre de l’amitié, proposé par Ludivine Delahais, directrice de l’école, qui nous accueillait.
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