Le Club recevait, jeudi 4 juin, Mehdi Chebana et Jérémy Chatet, respectivement chef de la locale de Rouen et adjoint au chef d’édition de Paris Normandie. Une rencontre animée par Stéphane Caron, administrateur du Club, qui a permis d’explorer les transformations du journalisme local à l’heure du numérique, des réseaux sociaux et de la défiance envers les médias.
Un duo complémentaire au service de l’information locale
À la tête de la rédaction rouennaise depuis mars 2026, Mehdi Chebana et Jérémy Chatet incarnent deux parcours et deux cultures journalistiques complémentaires. Le premier, passé par l’international après ses débuts à Paris Normandie, a notamment couvert l’Europe de l’Est et développé une expertise reconnue sur les enjeux de la désinformation et de la vérification. Le second, formé au journalisme de terrain dans plusieurs rédactions régionales (Ouest-France, Sud Ouest, Le Parisien), s’est construit dans une pratique réactive et ancrée dans les territoires.




Tous deux revendiquent aujourd’hui une vision partagée : conjuguer exigence journalistique, ancrage local fort et adaptation aux nouveaux usages de l’information.
Le retour au local, enrichi par l’international
Pour Mehdi Chebana, ce retour à Rouen est aussi un retour aux sources. Originaire de la métropole, il souligne l’évolution profonde du territoire, tant sur le plan culturel qu’économique. Son expérience à l’étranger a profondément marqué sa pratique. Une exigence qu’il applique désormais à l’échelle locale, où la proximité des acteurs peut paradoxalement complexifier le travail journalistique. « Il faut douter de tout », résume-t-il, évoquant également les nouveaux défis posés par l’intelligence artificielle et la circulation de fausses informations.
Du terrain au web : un journalisme en mutation
Le parcours de Jérémy Chatet illustre, lui, l’évolution des pratiques journalistiques. Passé par le web avant d’intégrer la locale de Rouen, il insiste sur l’apport du numérique dans la manière de traiter l’information : multiplicité des formats, instantanéité, capacité à tester de nouvelles approches.
À Paris Normandie, cette transformation s’est traduite par une stratégie « web first » : publier rapidement les premières informations vérifiées, puis enrichir les contenus au fil de la journée. Une logique qui s’est imposée notamment lors de la crise Lubrizol en 2019, révélatrice des enjeux de réactivité et de fiabilité en situation d’urgence.
Entre immédiateté et profondeur
Dans un territoire aussi riche en actualité que la métropole rouennaise, la rédaction doit en permanence arbitrer entre traitement à chaud et enquêtes de fond. « L’enquête demande du temps et mobilise un journaliste plusieurs jours », rappelle Mehdi Chebana, dans un contexte où la production quotidienne reste soutenue.
Paris Normandie revendique néanmoins une orientation plus qualitative que quantitative, avec le développement de formats longs et d’angles approfondis, notamment dans ses éditions du week-end.
Réseaux sociaux et relation aux lecteurs
Les réseaux sociaux occupent une place centrale dans la diffusion et la production de l’information. Ils constituent à la fois un canal de diffusion, une source et un espace d’échange avec les lecteurs. Mais cette ouverture implique aussi une vigilance accrue face aux rumeurs et aux tensions dans les commentaires.
La rédaction s’appuie également sur de multiples remontées de terrain : messages de lecteurs, contributions locales, informations institutionnelles ou encore correspondants. Une évolution est d’ailleurs attendue de ces derniers, invités à dépasser les simples comptes rendus pour proposer des contenus plus incarnés et journalistiques.
Un média ancré dans son territoire
Au-delà de la production d’information, Paris Normandie renforce son rôle d’acteur de la vie locale à travers des événements, débats publics et formats éditoriaux hybrides comme L’Instant Rouennais. Une manière d’affirmer sa proximité avec le territoire tout en diversifiant ses modes de présence.
Interrogés sur l’avenir, Mehdi Chebana et Jérémy Chatet esquissent une rédaction toujours plus agile, mêlant formats, supports et outils, mais fidèle à ses fondamentaux : informer, décrypter et raconter le territoire. Avec une conviction intacte : le journalisme local a plus que jamais un rôle essentiel à jouer.
Edit : Gülcan Cilbiz, volontaire en service civique au Club, a rédigé un article de cette rencontre que nous n’avons pas pu intégrer immédiatement. Vous pouvez y accéder ici.
Laisser un commentaire
Vous devez être identifié pour poster un commentaire.