Emmanuel Ortiz, photographe du réel

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« Nadie te quita lo bailado » — personne ne t’enlèvera ce que tu as dansé. Cette expression argentine résume la philosophie d’Emmanuel Ortiz, photographe né à Buenos Aires en 1961 qui découvre la photographie presque par hasard à Paris en 1983.

Les choses sérieuses commencent en 1984 au Pérou où il devient pigiste pour Reuters puis pour l’AP et l’AFP. Jusqu’en 1989 il sillonne l’Amérique du Sud secouée par les tensions politiques et sociales : guerre civile au Pérou affrontements avec les mineurs en Bolivie manifestations au Chili et en Argentine. De retour à Paris il manque la chute du Mur de Berlin et se tourne vers la vie quotidienne des squats d’artistes parisiens pour de petits journaux.

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En juillet 1991, le conflit yougoslave éclate en Slovénie. Emmanuel Ortiz part sillonner la Croatie dans une guerre que peu croient encore possible puis suit le conflit en Bosnie, en Albanie, en Macédoine, et au Kosovo toujours en indépendant jusqu’à la fin des années 1990, photographiant notamment le siège de Sarajevo, la résistance de Mostar, et les premiers signes du massacre de Srebrenica. Cette décennie de guerre donnera lieu en 1996 à la publication Ex-Yougoslavie 1991-1996 aux éditions Florent-Massot.

Fin 1999, il découvre la Thaïlande avec des échappées en Birmanie. En 2002 il entame un portrait au long cours des marins-pêcheurs de la façade atlantique française au moment où le tanker Prestige coule au large de l’Espagne. Suivront un reportage sur le Pato, sport national argentin lors d’un voyage en Argentine en 2005, l’éruption du volcan Chaitén au Chili en 2008, puis en avril 2011 les côtes du nord-est du Japon dévastées par le tsunami du 11 mars.

Aujourd’hui installé en Normandie il travaille sur la relation entre l’homme et le cheval.

En février 2022, alors que les premières attaques russes touchent l’Ukraine, Emmanuel Ortiz part avant que les frontières ne se verrouillent et que les autorisations ne deviennent des obstacles. Il rejoint Lviv où il observe les trains qui déversent les femmes et les enfants fuyant vers la Pologne pendant que les hommes rejoignent le front puis prend la direction d’Odessa avec un détour par Kiev alors que la plupart des journalistes occidentaux se dirigent vers Boutcha. Il y restera près d’un mois documentant la façon dont la guerre finit par se fondre dans le quotidien jusqu’à ce que les sirènes ne fassent plus réagir personne et les difficultés croissantes à s’approcher du front sous la surveillance des drones russes. Ces images ont depuis été montrées à Alençon en 2022 puis à Rugles dans l’Eure en 2025.

Le travail d’Emmanuel Ortiz représenté par les agences Divergence Images et AKG Images a été exposé dans de grandes institutions parmi lesquelles le Musée d’Histoire Contemporaine de Nanterre, le Musée de l’Armée aux Invalides et le Musée de la Marine au Trocadéro, où il a animé en 2025 une masterclass aux côtés des photographes Jean Gaumy et Olivier Mériel en écho à son travail sur les gens de mer.

Plus de quarante ans après ses débuts, ce qu’il revendique tient en une phrase : la liberté de partir seul à la rencontre de l’Histoire pour en rapporter des instants de vérité rudes ou lumineux mais toujours authentiques. « Quand je partirai je pourrai dire que j’ai dansé. »

Emmanuel Ortiz passera au Club lundi 28 septembre à 16h, pour un échange convivial et parler de son travail avec Stéphane Caron, photographe et administrateur du Club. Soyez les bienvenus pour rencontrer un photojournaliste de renommé internationale.

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