Journée Medias en Seine : les jeunes au centre de l’attention

Mardi 8 octobre, Yaëlle et Adam, nos deux services civiques, ont assisté à Médias en Seine, qui regroupait à Paris de nombreux journalistes et philosophes… Le principal mot d’ordre ? Attirer la jeunesse en lui faisant mieux comprendre le monde des médias.

 

Le premier thème centré sur l’importance de l’intelligence artificielle auprès des médias au sein du foyer F, nous amène à savoir comment cette I.A fait sa loi progressivement auprès des journalistes lors d’une présentation d’Eric Scherer, directeur de l’innovation et de Future Média à France Télévision. Cette innovation qui pourrait être une menace pour la rédaction avec une présence évaluée à 90% auprès des journaux mondiaux d’ici 2025. Les « fake news » et les « deep fake » faisaient également partie de la présentation au vu de la menace que représentent ceux-ci auprès des journalistes et qui peut être analysé par l’I.A. Pourtant cet outil est à l’heure actuelle incontrôlable, c’est-à-dire qu’il n’y a aucun logiciel, aucune personne capable de gérer cette avancée.

Avant de passer dans le domaine du sport, nous nous sommes intéressé à un débat entre Marie Darrieussecq, écrivaine, Cédric Klapisch, réalisateur, scénariste et producteur, Fatou Diome, écrivaine, et le public présent, traite d’une question particulière : comment raconter le réel, ou comment aborder le cœur du processus de création. Si leurs œuvres traitent de sujets effectifs et problématiques, Fatou Diome tient dès le départ à distinguer le travail de l’écrivain de celui du journaliste : selon elle, la création artistique n’est pas soumise aux mêmes exigences, mais bénéficie d’un droit d’approfondissement. La fiction peut s’inspirer du réel, mais se doit d’inventer les possibles… Pour autant, la création ne peut pas se fermer au monde, « ce serait anachronique » rappelle Marie Darrieussecq. La nécessité de se documenter confère une certaine mesure qui complète la fiction. L’invention formule un « pas de côté », et permet au lecteur d’être emmené ailleurs, de voir les choses autrement. Nous avons eu l’opportunité de discuter plus longuement en backstage avec Fatou Diome et Cédric Klapisch de ce que la fiction apporte à l’actualité : selon eux, elle transcende les lieux communs et évite les stéréotypes. Le prétexte littéraire ou cinématographique offre une nouvelle vision du réel et redonne un intérêt, une dimension authentique aux faits.

Passons donc un grand virage comparé au sujet précédent. On s’intéresse ici au sport à la T.V et particulièrement le match gratuit/payant par les diffuseurs. Le sport tel que le foot ou le rugby est à coup sûr un carton d’audience et est un combat perpétuel entre les diffuseurs pour l’obtention des droits. Toutefois des entreprises étrangères, Amazon notamment, entrent dans la danse et il n’est pas impossible que d’autres comme DAZN  qui opère déjà dans de nombreux pays européens et qui est considéré comme le Netflix du sport, pourrait un jour être une nouvelle menace pour les diffuseurs français.

On reste dans le sport en traitant cette fois l’information sportive qui s’adapte au média en prenant l’exemple de l’Equipe. Cette dernière a entamé son innovation en suivant les changements qui s’opère autour d’eux et cela démarre depuis 2013 avec un changement dans son format numérique. En 2015, l’acquisition de nouveaux droits T.V… Les réseaux sociaux tels que Snapchat restaient un défi de poids pour essayer d’attirer plus de jeunes. Celui-ci s’avère payant au vu des nombreuses personnes présentes dans la salle qui ont avoué consulter les stories de l’Equipe.

Restons dans la parenthèse Snapchat à savoir comment les journalistes ici représenté par Le Monde ou Melty écrivent sur ce réseau social. La difficulté majeure de cette plateforme est que le message doit être court et concis dans un format restreint (7 secondes). A noter que Snapchat ne possède aucun droit d’opposition auprès de ses partenaires et cherche à se trouver d’autres médias pour toucher la cible des plus de 35 ans.

Nous faisons notre retour au sein du Foyer F de la Maison de Radio France qui a réuni Marjolaine Grondin, cofondatrice et CEO de Jam, Eduardo Suarez, cofounder of Polibot / RISJ, Nour-Effine Zidane, rédacteur en chef à franceinfo, en charge de l’information de Mouv’ et Sinatou Saka, Journalist and Editorial Project Manager at France Médias Monde. Il offre l’occasion d’envisager les nouveaux moyens d’information à la disposition des jeunes publics. Les nouveaux lieux d’échanges qu’offrent les messageries (comme sur le Messenger de Facebook), les chatbots (tels que sur les applications Viber et WhatsApp) et les stories (via Snapchat et Instagram) forment un espace inédit pour les journaux : en s’adressant à cette jeunesse « mobile », les développeurs et autres journaux déploient un nouvel élan. Ces médias interactifs favorisent les demandes et les échanges entre éditorialistes et auditoire, par une sélection des contenus. Ils tentent de faire progresser l’information, par une continuité entre réseaux sociaux et presse écrite.

S’ensuit alors un débat entre Clara Schmelck, journaliste à INTÉGRALE, philosophe et chargée de cours au CELSA, et Serge Barbet, directeur du CLEM, a permis de rendre compte des nouveaux codes et usages de l’information. Ils donnent certes des moyens d’évolution mais font aussi émerger de nouveaux obstacles : les difficultés pour démêler le vrai du faux (notamment sur les réseaux sociaux avec la libre circulation des Fake News), formulent pour le CLEMI, une urgence. La compréhension de ces évolutions – liées à des phénomènes spécifiques, tels que les récents attentats ou encore le mouvement des Gilets Jaunes – développe la nécessité d’une prise de conscience et d’une mobilisation concrète au sein même de l’Éducation nationale. L’enjeu premier est d’éviter de recevoir l’information comme une opinion en développant des outils, des dispositifs pour refonder le système éducatif  et ainsi reconnaître la fiabilité journalistique.

Suite à la pause du midi, notre premier thème de l’après-midi nous amène à comprendre comment contrecarrer les risques liés à une certaine surconsommation de l’information (via les réseaux sociaux notamment), le Rendez-Vous hebdomadaire proposé par Kevin Razy prend le temps de décortiquer l’actualité et de démonter – sur le ton de l’humour – nombres de Fake News répandues sur internet. À cette occasion, Kevin Razy collabore étroitement avec des journalistes de BFM TV : il tente alors de redonner de la crédibilité aux chaînes d’information en continu en expliquant les difficultés inhérentes à leurs investigations. De cette démarche est né un livre, Fake News : évite de tomber dans le piège ! Aux éditions de la Martinière Jeunesse, en collaboration avec le sociologue Hamza Garrush. Ils analysent les phénomènes des « qu’en dira-t-on », des fausses nouvelles et autres théories du complot faisant lois derrières les écrans mais aussi dans l’Histoire, et nous invitent à prendre du recul sur nos pensées et pratiques.

Le ministre de la culture Franck Riester vient ensuite nous exposer les possibilités d’élaboration d’initiatives pouvant contribuer à restaurer un lien de confiance entre les médias et le public : c’est à travers une prise de conscience de la dimension éducative de l’information que doit émerger une réglementation des flux en ligne. La libre circulation des Fake News et des discours de haine « reposent sur les mêmes principes de responsabilisation des plateformes », et visent « à mettre fin à l’impunité dont elles profitent depuis trop longtemps au détriment de la protection » des citoyens. Un rapport d’Emmanuel Hoog (ancien président-directeur général de l’INA), a largement alimenté le débat sur l’établissement d’un « conseil de déontologie des médias ».

Le prochain rendez-vous très suivi au sein du studio 104, nous permet de faire la rencontre de Michel Denisot présent pour la promotion de son premier film en tant que réalisateur, Toute ressemblance… L’interview débute par des interrogations sur sa manière de raconter la réalité du monde journalistique. De sa propre expérience, des choses dont il a été le témoin privilégié, il exploite le potentiel fictionnel et donne son point de vue personnel sur un monde inconnu du grand public. En tant que réalisateur, Denisot esquisse une métaphore des évolutions du milieu (à travers la multiplicité des médias, du quasi-monopole des réseaux sociaux et de la ringardisation de la télévision) et confronte le réel du journaliste qu’il est à une pratique sur le terrain artistique qu’il a tant commenté tout au long de sa carrière ; une autonomie inédite, qui est devenue sa plus belle expérience de vie.

Avant dernier thème qui sort des sentiers battus en traitant de la reprise grandissante des théories complotistes de droite, les problématiques américaines – abordées par Ethan Zucherman (Director of the Center for Civic Media and Associate Professor of the Practice at the MIT Media Lab) – s’apparentent aux difficultés que nous rencontrons en France depuis l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes. Ainsi, les médias deviennent plus vulnérables car peu hermétiques à cette convergence entre opinion politique et phénomènes sociaux. Dominique Cardon, sociologue et directeur du laboratoire de recherche MédiaLab de Science Po, a pu analyser la structure des espaces médiatiques via MediaCloud (dispositif développé par le MIT) et a pu observer une séparation plus radicale entre les lignes éditoriales aux États-Unis, comme par exemple entre la chaîne Fox News (pro-Trump) et CNN. En France, les liens entretenus entre les médias ne semblent pas subir de coupure forte entre droite et gauche. Pour Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte France et directeur de l’École de journalisme de Science Po, cette centralité de l’espace public français n’est pas source de clivage interne mais cela n’empêche pas l’influence des opinions véhiculées par les médias sociaux sur le public.

Le dernier thème nous plonge au sein des lanceurs d’alerte dans une société de données. Le présentateur, Philip Di Salvo, a expliqué à quel point certaines applications étaient complexes et pouvaient exclure certains publics. Vient ensuite le moment où le débat sur les hackers et leurs motivations fait son apparition. Parlant de Julien Assange et d’autres hackers qui ont participé à des attaques criminelles via le numérique. Bien que des hackers aient permis de découvrir de la corruption, des paradis fiscaux… grâce aux données que des personnes publiques peuvent avoir dans leur ordinateur ou leur téléphone.

Cette journée très enrichissante, fut un bon moyen pour les jeunes en service civique de s’enrichir culturellement et de découvrir le monde des médias. Ce milieu, restant encore méconnu chez les milléniales et une partie de la génération Y – qui ne possèdent pas forcément de connaissances approfondi -, a pu bénéficier de la venue de certaines personnalités connues du grand public telles Michel Denisot, Hugo Clément ou encore Kévin Razy, offrant une dimension plus « populaire » à l’événement, et d’attiser la curiosité de tous. Souffrant d’une mauvaise image, le monde journalistique ne séduit plus : manque de confiance dans les faits, manque d’intérêt pour la profession, cette seconde édition s’ancre dans une démarche éducative particulière, nécessaire à une réhabilitation du travail des journalistes. L’an prochain, une troisième journée (d’ores-et-déjà confirmée) dans la continuité de cette année, contribuera à cette volonté d’ouverture et de renouveau des médias.

2019-10-14T15:45:50+01:00 10 octobre 2019|

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