Après les présentations rouennaise et havraise, le numéro 36 de la revue Études Normandes a profité d’une déjeuner décryptage caennais ce mardi 24 mars. Anne Catrice, directrice de l’École de Journalisme de Normandie située à Colombelles, a ouvert la rencontre, avant de laisser la parole à Jean-Marie Charon, sociologue spécialiste des médias et co-coordinateur de ce numéro spécial.

Il a présenté la genèse de ce dossier consacré aux médias normands, en expliquant notamment les différences héritées de l’ex-Haute et Basse-Normandie, ainsi que les spécificités de la presse quotidienne nationale et régionale sur ce territoire. Pour rendre compte de la richesse et de la complexité du paysage médiatique local, l’étude a été structurée autour de plusieurs angles complémentaires : un panorama historique des origines à l’après-guerre, avec un clin d’œil à Flaubert ; la diversité des supports actuels (hebdomadaires locaux, quotidiens, web) ; et les regards croisés de professionnels des médias sur leur propre actualité, avec une belle mise en lumière du Club et de ses actions d’éducation aux médias.

Jean-Marie Charon a également retracé les grandes étapes de l’histoire de la presse normande, rappelant son essor au XIXe siècle, étroitement lié à la propriété des titres par les imprimeurs, et la distinction progressive des contenus éditoriaux. À son apogée en 1914, la presse normande comptait environ 250 journaux, en grande majorité hebdomadaires. Ce chiffre déclinera à 180 titres en 1939, illustrant un mouvement de concentration déjà à l’œuvre. Des témoignages et interviews de journalistes normands, dont celui de Claude Cornu, sont venus nourrir cette réflexion, offrant un éclairage concret sur plus de deux siècles d’histoire des médias dans la région, marqués par la diversité, les mutations et les difficultés persistantes du secteur.

L’échange s’est conclu par l’intervention de Béatrice Picard, co-coordinatrice du dossier et ancienne rédactrice en chef du Guide économique de la Normandie, qui a dressé un état des lieux des médias actuellement présents en Normandie : radio, télévision, presse print et web. Elle a notamment souligné un fait structurant du paysage médiatique régional : la grande majorité de ces médias sont désormais intégrés à des groupes dont les centres de décision se situent hors de Normandie, posant ainsi la question de l’ancrage territorial et de l’indépendance éditoriale des rédactions locales.

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