Mardi 15 septembre, le Club a organisé sa grande soirée de rentrée des médias, ouverte par Pierre Durand-Gratian, président du Club, et animée par Justine Hunault-Dequatremare (adjointe à la cheffe de service communication interministérielle
Préfecture de la région Normandie et de la Seine-Maritime) et Stéphane Caron (directeur de cabinet du Smédar), tous deux administrateurs du Club. 76actu, le Courrier Cauchois, Ici Normandie (radio et TV), Ouest-France, Paris Normandie et RCF sont venus, devant une cinquantaine d’adhérents, dresser le bilan de leur année et présenter leurs projets pour 2026-2027, sur fond de mutation numérique et d’intégration de l’IA dans les rédactions.

Le vertical s’impose

Chez Ici Normandie TV, Florian Ringuedé, directeur régional, résume la ligne du groupe : « streaming first ». Le 19/20 reste solide, mais les vues sur les réseaux dépassent désormais les audiences télé — une vidéo sur une colocation seniors-étudiants a dépassé 82 000 likes sur Instagram. France Télévisions a signé un accord pour développer la vidéo verticale, avec quatre régions tests et la Normandie en 2027. Même logique à la radio : Pierre Desaint, directeur d’Ici Normandie Radio, cite la vidéo du déraillement du train Rouen-Caen la semaine précédente, comme sa meilleure performance de l’année, portée par un Instagram longtemps timide et aujourd’hui en développement. La rentrée apporte trois voix le matin pour retrouver un effet de bande, des émissions interactives, et un sport musclé par des intervenants extérieurs.

Le Courrier Cauchois avance également en ce sens avec des vidéos incarnées (La minute de la rédac, Juke-box, Le rétroviseur), et l’arrivée progressive sur TikTok via les journalistes les plus jeunes. Ghislain Annetta, rédacteur en chef, fixe le cap 2027 — garder le print, stabiliser l’audience, s’appuyer sur les abonnés fidèles — et résume l’enjeu par une formule : éviter « le syndrome du mammouth », celui qui ne bouge pas et se fait manger par les météorites.

Le terrain comme différenciation

Le Courrier Cauchois a révélé, dans l’année, en exclusivité le nouveau véhicule (une Audi RS3) de la gendarmerie de Seine-Maritime : un scoop très repris nationalement, souvent sans citation de la source, qui pose la question de la protection du travail des journalistes en ligne. Chez 76actu, Julien Bouteiller a choisi pour exemple un fait divers marquant, le décès d’un jeune boucher de Darnétal sous OQTF, illustrant la ligne du groupe, qui relaie de l’information de proximité et qui porte des titres de proximités, ici Le Bulletin de Darnétal.

Paris Normandie mise sur « Grand Angle », la grande nouveauté éditorial de 2026 : récits immersifs, enquêtes, grands reportages, regards décalés, déclinés en trois rendez-vous hebdomadaires (dossier, grand entretien, portrait) et une newsletter dédiée. Audrey Rohrbach-Minette, rédactrice en chef déléguée, insiste sur le lien de confiance avec le lectorat — vidéos facecam des journalistes, signature avec photo — pendant que le groupe Rossel mutualise des outils inaccessibles à un titre isolé.

Ouest-France, par la voix d’Aurélie Lemaître, directrice régionale, tient sur deux piliers : l’info chaude et l’enquête, illustrée par une investigation sur un Ehpad de Trouville-sur-Mer. Le projet 2027 organise la rédaction autour de ce partage : le direct et la vidéo d’un côté, l’enquête locale de l’autre. Un an après son lancement, Novo 19 tient son plan de vol en audience, la publicité restant en retrait ; la chaîne s’oriente vers une plateforme hors linéaire pour les productions du groupe.

RCF : fusion et renfort national

Guillaume Desanges, directeur de RCF, détaille une antenne régionalisée qui cherche ses leviers sur des sujets comme l’agriculture ou l’isolement. La rentrée est dominée par la venue du Pape en France (25-28 septembre) et surtout par la fusion avec Radio Notre-Dame, qui muscle sensiblement la grille nationale avec l’arrivée d’Emmanuel Rials comme nouveau directeur général, entouré de Nathanaël de Rincquesen pour la politique, Christophe Barbier, Nelson Monfort et Nicoletta — une équipe qui affiche l’ambition d’un choc d’audience et d’un direct développé toute la journée.

2027, sous contrainte

Julien Bouteiller avait ouvert la soirée sur une note sombre : une sévère baisse d’audience des médias en ligne (l’IA en grande majorité responsable ?). Présidentielle et législatives structureront l’année ; le millénaire de Guillaume le Conquérant et l’Armada seront traités sur le registre de l’événement populaire. Les arbitrages varient : le Courrier Cauchois privilégie les législatives et ne descendra sur l’Armada que pour la parade finale ; Ici Normandie TV suit une logique voisine, sauf candidat havrais en lice pour la Présidentielle ; Ouest-France rappelle qu’il ne publie pas de sondages d’intentions de vote. Côté moyens, pas de recrutement prévu dans les médias — l’avantage se jouera sur l’anticipation — tandis que France Télévisions a déjà écrit 80 % de ses temps forts, leur forme dépendant des moyens disponibles.

L’IA, un tournant à prendre

La soirée s’est conclue sur l’intelligence artificielle : quelle approche selon les médias — automatisation, aide à la création, vérification, défiance — et comment maintenir la confiance du public face aux algorithmes. Ouest-France a présenté un outil « bac à sable » construit autour des 5 W pour ses correspondants. Tous les médias utilisent déjà l’IA comme outil mais craignent que ce soit l’IA qui les utilisent malgré eux.

Un verre de l’amitié a conclu les échanges dans la bonne humeur.