Le coca soulage-t-il les maux de tête ? Le poisson rend-il intelligent ? Faut-il manger la peau du kiwi ? À Caen, Saint-Lô et à Lisieux dans le Pays d’Auge, neuf classes de CE2-CM1 et CM2 ont ouvert leur enquête en octobre durant la Fête de la Science en Normandie, accompagnées de journalistes professionnels. Premier chapitre de « Croquez l’info », une expérimentation d’éducation aux médias portée par le Club et Le Dôme d’octobre 2026 à février 2027.

Le thème national de la Fête de la Science, « Saveurs savantes », donne le terrain de jeu : les idées reçues sur l’alimentation. L’objectif : croiser les outils du ou de la journaliste (enquêter, vérifier, rédiger) avec la démarche scientifique (formuler une hypothèse, chercher des preuves) pour aiguiser l’esprit critique dès l’école primaire.

Chaque classe devient une petite rédaction. Elle choisit une croyance, prépare ses questions, interroge des sources, consulte un scientifique, puis rédige son propre article de vérification. Les enquêtes seront publiées au printemps 2027 sur le portail cogito-normandie.fr et le site du Club.

D’abord, comprendre le métier

Avant de parler nourriture, chaque atelier commence par une question : à quoi sert un journaliste ? Les élèves découvrent qu’il cherche des informations, qu’il s’appuie sur des sources et, surtout, qu’il vérifie avant de publier.

À l’école Michel-Pondaven à Caen, la discussion a vite glissé vers la rumeur. « Un écho », a résumé un élève. Pour le montrer, la classe a rejoué le jeu du téléphone sans fil : un mot chuchoté d’oreille en oreille arrive souvent déformé au dernier élève. C’est toute la différence entre une information vérifiée et une rumeur qui circule.

École Michel-Pondaven : le coca, le bon gras et le burger sur le grill

Le 13 octobre, la journaliste indépendante Marylène Carre a lancé l’enquête dans deux classes. Les élèves avaient déjà listé plusieurs croyances sur l’alimentation. Ils ont gardé les plus pertinentes, puis voté. Restait à transformer une affirmation en questions d’enquête.

Première classe : « Le coca soulage les maux de tête. » Les questions ont fusé, de l’histoire du produit à ses effets sur le corps :

  • Qui a inventé le coca ? Était-ce un médicament à l’origine ?
  • Connaît-on sa recette ? Était-il transparent avant d’être noir ?
  • Que contient-il ? Rend-il addict ?
  • Est-il excitant ? Donne-t-il de l’énergie ? Empêche-t-il de dormir ? Est-il bon pour le ventre ?

Seconde classe : « Le burger est mauvais pour la santé. » Ici, les élèves veulent démonter le sandwich ingrédient par ingrédient :

  • Depuis quand mange-t-on des burgers en France ?
  • Quels ingrédients sont bons pour la santé, lesquels ne le sont pas ? Que contient le ketchup ?
  • Un burger fait maison a-t-il le même goût et les mêmes ingrédients ?
  • Rend-il addict ? Donne-t-il mal au ventre ou envie de dormir ?
  • Tout dépend-il de la quantité ? Que se passe-t-il si on ne mange que ça ?

Rendez-vous le 26 novembre pour le deuxième atelier.

École Authie-Sud à Caen : le poisson rend-il intelligent ? Y’a-t-il du bon et/ou mauvais gras ?

Le 8 octobre, Françoise Dajon-Lamare, journaliste-éditrice (Groupe actu, ex-Liberté), a ouvert l’atelier par une question clé : d’où vient l’information ? Réponse : de sources, qu’il faut identifier et interroger.

La classe s’est ensuite organisée en cinq équipes de rédaction, chacune baptisée d’un nom de poisson : poisson-clown, poisson rouge, requin… Chaque équipe a préparé des questions pour une source possible : des grands-parents qui ont « entendu dire » que le poisson rend intelligent, un pêcheur, un médecin, un cuisinier. Les élèves mènent ces interviews pendant les vacances.

Au deuxième atelier, la journaliste et l’enseignant, M. Blainville, rassembleront les réponses avec les élèves. Sont-elles crédibles ? La classe préparera aussi ses questions pour le scientifique qui viendra éclairer le volet santé, notamment le rôle des oméga-3.

L’article final prendra la forme d’un menu :

  • Entrée : ce que pensent différents publics de la croyance
  • Plat : l’interview du scientifique
  • Dessert : les conclusions et ce qu’on en retient

A l’école caennaise Authie Sud toujours mais dans une autre classe, le 15 octobre, les élèves ont dû prendre position, au sens propre. L’enseignante, Mme Bourguignon, avait préparé un quiz « oui ou non » sur le gras : manger gras permet-il d’être en bonne santé ? À chaque question, les enfants se déplaçaient vers le plot « OUI » ou le plot « NON ». Elle avait aussi rassemblé des prospectus sur le « bien manger » pour nourrir la discussion.

Laurent Marvyle, journaliste et présentateur à Ici Normandie TV (ex-France 3), a alors posé la première pierre de l’enquête : il existe du bon et du mauvais gras. La croyance retenue est similaire  : le gras fait grossir !  La classe passera au crible le gras de nos assiettes lors du deuxième atelier, le 13 novembre.

École de Pont-Hébert (Saint-Lô) : faut-il manger la peau du kiwi ?

Avant même le premier atelier, les élèves ont mis la science en bouche. Le 8 octobre, ils ont visité le Village des Sciences de Saint-Lô, au Pôle Agglo 21 : quiz sur l’alimentation, gestion des déchets, dégustations culinaires…

Le 13 octobre, ils ont rencontré Lucien Devôge, rédacteur en chef adjoint de Tendance Ouest, qui les accompagnera jusqu’en février. Au programme : un échange ouvert sur le métier de journaliste, puis un tour des croyances entendues en famille.

C’est aux élèves qu’est revenu le choix du sujet, par un vote. L’affirmation retenue : « Manger la peau du kiwi, c’est bon pour la santé ! »

La classe passe maintenant à l’enquête de terrain. Elle cherche les personnes à interroger et prépare son questionnaire. Pendant les vacances, les élèves sondent leurs familles. Au retour, ils interrogeront les autres classes de l’école pour savoir ce que chacun pense de cette fameuse peau.

Pays d’Auge : sucre, le jus de fruit, le lait et les carottes à l’épreuve des faits

Dans l’agglomération Lisieux Normandie, quatre écoles rurales ont rejoint l’aventure. Trois journalistes de l’hebdomadaire Le Pays d’Auge (groupe Actu) les accompagnent. Le sucre, le lait, le jus de fruit et même les carottes y passent.

Saint-Martin-de-Mailloc : le lait, de la médiathèque au métier de journaliste

Le mardi 13 octobre, la classe de CM1-CM2 de Saint-Martin-de-Mailloc a pris la direction de la médiathèque de Lisieux. Certains découvraient les lieux, d’autres les redécouvraient. Les recherches ont porté sur le lait et sur les croyances liées à sa consommation, à commencer par celle que la classe a choisi d’examiner : le lait renforce-t-il vraiment les os ?

L’après-midi, place à l’échange avec Patrick Oger, journaliste au Pays d’Auge. Il a répondu aux nombreuses questions des enfants sur son métier, mais aussi à leurs interrogations, voire leurs inquiétudes, sur leur future vie professionnelle. Un sujet est revenu avec insistance : l’intelligence artificielle.

Marolles : Le jus de fruits, si innocent ?

À Marolles, l’enquête a démarré tambour battant. Sophie Quesnel est intervenue une première fois en classe le 9 octobre. Le 12 octobre, les élèves ont reçu la visite de l’éco-aventurier Axel Ferard. Le lendemain après-midi, ils sont partis à la médiathèque avec la journaliste.

Leur cible : l’idée que « le jus de fruits n’est pas sucré ». L’enseignante, Nathalie Inial et Sophie Quesnel ont conçu ensemble des ateliers pratiques. Ils ouvriront la phase d’investigation le 6 novembre, en mêlant démarche scientifique et méthode journalistique.

Hermival-lesVaux : Le sucre est mauvais pour la santé ! En octobre, les élèves de la classe de Mme Bougaut ont pu rencontrer Axel Férard, éco-aventurier et ambassadeur de la société civile pour la Fête de la Science en Normandie et découvrir l’exposition « Mission potager » à la Médiathèque André Malraux.

Et ensuite ?

Les deuxièmes ateliers auront lieu en novembre. Ce sera le temps du tri des sources et de la préparation des interviews à venir.